Tous les dessins, croquis et aquarelles figurant dans ces pages, sauf mention contraire, sont réalisés exclusivement sur le motif avec parfois, pour des raisons climatiques ou temporelles, des finitions en atelier.
La plupart sont sur carnet, quelques uns sur papier libre et dans les deux cas ils ne sont pas libres de droit, merci de me demander l'autorisation de reproduction.

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vendredi 24 octobre 2014

Ibrahim est parti.

Dimanche 12 octobre, j'accompagne Ibrahim à l'aéroport Léon M'ba de Libreville.
Dix ans qu'il a quitté famille et amis pour venir ici, faire fortune, tenter l'aventure dans l'eldorado d'Afrique centrale. Le fantasme de bon nombre de ouest-africains et autres espèces autochtones de la sous région.

Arrivé, traité guère mieux que l'ombre d'un chien par les différentes administrations locales, arnaqué, escroqué et abusé de par son statut d'étranger illettré.
Ibrahim ne sait pas lire, ni même écrire d'ailleurs.
Dans son village, situé à quelques encablures de Ouagadougou, au pays des hommes intègres (le Burkina Faso), la lecture n'est pas une occupation quotidienne. Mais Ibrahim ne "s'occupe" pas, chez lui, et même ici dans le quartier (à elbev) c'est un sage, un juste, les autres viennent le visiter et quand il parle à ses "frères" il est entendu, considéré.
Ibrahim sait ce qu'il fait, sait ce qu'il dit, toujours calme, posé, jamais un mot plus haut que l'autre, réfléchit.

Il est parti, emportant avec lui juste une valise, acheté pour l'occasion, un bidon de vingt litres de peinture (vide de son initial contenu) et une sacoche "bagage à main" pas moins rutilante.
A l'intérieur, dix ans de sa vie, son monde matériel, des objets accumulés au fil des jours, tout ce qui a fait son quotidien dans un quart de mètre cube.
Une vielle cocotte minute en aluminium (logé au millimètre dans le fameux bidon), un poste radio en plastique beige, une lampe torche à la vitre fêlée, des piles, des rallonges électriques, quelques jouets usagés pour ses enfants, un sweat shirt élimé, des bouts de papiers et de vêtements.
Tristement dérisoire....


Ses frères l'accompagnent aussi à l'embarquement.

Les billets sont chers, alors les voyages sont compliqués. Pour se rendre à son village, Ibrahim va passer par Cotonou (au Bénin), puis un "taxi" collectif le conduira à Lomé (au Togo) d’où un bus, après un périple d'une vingtaine d'heures, le déposera à Ouagadougou et de là, un taxi brousse le rendra à sa famille.

Quelques dernières épreuves procédurières sur le sol gabonais, des documents erronés, des vaccins pas à jours et quelques dizaines de milliers de francs CFA plus tard tout est réglé. 
Mais il n'est pas encore sur qu'à l’atterrissage la police le laisse entrer sur le territoire, une erreur sur la ville de transit dans son laisser passer, qu'il a payé une petite fortune, jette le doute.
Tout dépendra du bon vouloir des douaniers là bas, Ibrahim n'est pas inquiet, il me rassure me disant qu'il va prier dans l'avion et que ça va marcher.
Ça a marché. 


Allahu akbar !

Il est bien arrivé, ses frères sont venus m'en informer. 
                                                    J'imagine la fête que cela a été.
Une parenthèse se ferme, 
.......de dix ans pour lui, de deux pour nous. 














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